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Une vie marquée par
La Ferveur et le Doute
Père du
théâtre québécois et canadien, Gratien Gélinas occupe une position unique dans
notre histoire culturelle. Ses personnages bien de chez
nous, ses succès retentissants et son
acharnement à constituer pour le
Québec et le Canada une dramaturgie nationale ont fait de lui un créateur important,
un véritable défricheur. Une importante biographie en deux tomes lui a
été consacrée par l’écrivaine Anne-Marie Sicotte, qui est aussi sa
petite-fille.
À travers sa
correspondance et son journal de création, et grâce aux témoignages de
ses proches, s’est dessiné le portrait d’un homme porté par la ferveur
de la création théâtrale, mais tourmenté par un doute lancinant sur la
valeur de son travail. Né en 1909 au sein d’un
couple désuni, marqué par
le lourd secret de la fuite de son père, il développe un besoin démesuré
d’être sur les planches, applaudi et aimé. Son don pour la comédie le
conduit jusqu’à l’écriture d’une série radiophonique qui propulse son
personnage principal, Fridolin, dans le firmament des célébrités.
Stimulé par ce succès, Gratien Gélinas écrit et produit sur scène la série des
neuf grandes revues musicales Fridolinons entre 1938 et
1946.
Ce créateur
doté d’une énergie peu commune devient la première grande vedette de la
scène québécoise. Mais loin de profiter tranquillement de sa réussite,
Gratien Gélinas est un homme hanté par la peur de déplaire, dévoré par son
besoin d’être aimé à travers sa réussite artistique, incapable d’une
intimité réelle et exigeant à l’excès avec ses collaborateurs.
Orgueilleux de sa notoriété, il engage des auteurs desquels il exige
l’anonymat et dont il cache soigneusement l’existence.
À la fin des
années 1940, il caresse l’ambition d’écrire une pièce de théâtre, qui
deviendra Tit-Coq, la première pièce véritablement
canadienne-française qui soit passée à la postérité. Après une longue
carrière au pays, Gratien Gélinas se laisse séduire par le mirage de Broadway…
mais il est alors terrassé par premier échec, l’arrêt prématuré des
représentations. Le créateur renoue finalement avec sa passion pour la
scène et devient un administrateur de théâtre résolu à offrir une
tribune aux jeunes dramaturges comme Marcel Dubé, Françoise Loranger ou
Jacques Languirand.
Gratien Gélinas écrit
alors ce qu’il considèrera ensuite comme sa meilleure pièce,
Bousille et les justes. Pourtant, il perd peu à peu de son
ascendant sur ses concitoyens. Pour les jeunes de la Révolution
tranquille, il est une statue antique qu’il faut déboulonner… Malgré une
nouvelle pièce résolument moderne, Hier, les enfants dansaient,
il perd l’appui du public. Amer, il quitte le milieu théâtral pour
devenir président de Téléfilm Canada et collaborer à l’essor du septième
art au pays.
Quarante ans
après leur création, Gratien Gélinas prépare les textes de Fridolinons
pour une première édition, ce qui lui redonne envie d’écrire une pièce.
La Passion de Narcisse Mondoux sera son chant du cygne :
victime de sénilité, il s’éteint en 1999. Ses pièces de théâtre et ses
grands spectacles sur scène sont régulièrement joués par les troupes
contemporaines, et de nombreux élèves étudient ses textes à l’école.
Créateur fascinant par sa complexité et sa profonde humanité, metteur en
scène doué et auteur de premier plan, Gratien Gélinas est l’un des
grands personnages de l’histoire des arts au pays.
La Ferveur et le
Doute, par Anne-Marie Sicotte, a été publiée en deux tomes aux
Éditions Québec-Amérique, en 1995 et 1996.
Anne-Marie Sicotte a
également publié en 2001 une biographie romancée intitulée Gratien
Gélinas, Du naïf Fridolin à l’ombrageux Tit-Coq, dans la
collection Les Grandes Figures, chez XYZ éditeur. |